Hommage

Celui qui mettait de la lumière sur l'essentiel

Je connais Abdel depuis 18 ans et sélectionner un moment par rapport à un autre est si difficile tant les rencontres étaient toutes empreintes de joie, de sérieux et finalement si riches que je choisis de parler de l'avant dernière afin d'y joindre mon ami malien, Issa N'Diaye .

Voilà ce que celui-ci m'a écrit :  " Je suis bouleversé par la mort d'Abdel. J'ai reçu, il y a deux jours seulement sa lettre datant de fin juillet (27). Il parlait d'avenir. Il parlait des projets et parlait avec espoir. C'est terrible. Pourquoi les meilleurs s'en vont toujours trop tôt ? Je le revois souvent en pensée, sa voix si douce et pourtant si persuasive, sa démarche si légère alors qu'il portait la mort dans ses entrailles. Mais quel homme !
Je te remercie infiniment de m'avoir donné l'opportunité de le rencontrer. Je ne l'oublierai jamais."

Issa a rencontré Abdel pendant trois heures et voilà c'était si simple. Nous avions fait le voeu, ce jour-là, d'étendre le bulletin " Droits Pluriels" à toute l'Afrique. Ainsi, chaque pays enverrait sa lettre aux autres pays et une fois par trimestre nous en préparions une spéciale. Lettre sur un thème précis : énergie, eau, éducation... En somme, le résultat serait une revue trimestrielle, une revue pluridisciplinaire qui nous tenait tant à coeur de réaliser depuis longtemps.
Issa N'Diaye, depuis, a créé le Forum Civique sous la forme d'une association.

Nous avions aussi prévu au printemps 1999, une exposition sur Mehdi Ben Barka avec un colloque à l'Université de Bamako, et tout roulait dans nos têtes pour le combat des droits de l'homme, de la justice et pour la paix.
Bizarrement, j'oubliais le mal qui rongeait et délitait cet éclaireur qui mettait des mots sur mes images et de la lumière sur l'essentiel.

Abdel était  rare, précieux, généreux. Il faut continuer pour lui, mais sans lui, enfin avec lui, parce qu'il ne nous quittera jamais.

 

 

Antoine Debary *

 


* Antoine de Bary, peintre plasticien. Il a connu Abdelghani en 1980/81 à l'occasion de la préparation de son exposition  "LA RUPTURE", exposition sur l'immigration marocaine : en novembre 1977, Antoine a découvert, dans un classeur de bureau, des fiches d'identité et des carnets individuels de travailleurs marocains vus de face et de profil, oreilles bien dégagées,  une pancarte autour du cou où était inscrit un numéro d'immatriculation.
Il en fait une admirable exposition en 1984 car comme il le disait, il voulait voir, écouter, comprendre, révéler, sentir...et " être présents, militants comme Abdel et  Hayat Bousta, eux, qui luttent pour que les choses ne soient plus comme avant". Depuis cette date une réelle amitié s'est installée entre eux.
Antoine a souvent dit à Abdelghani que par sa pureté et son intégrité, il faisait de la politique un Art : "  tu es un artiste, toi"