Hommage

C'est debout que je veux rendre hommage à Abdelghani Bousta

 

Je crois que Abdelghani a été celui qui, dans l'aile révolutionnaire des forces politiques marocaines des années 70, a prôné la primauté du politique. Pour que la grande majorité  du mouvement marocain révolutionnaire s'oriente vers la primauté de la lutte politique, avant de penser à des actions militaires préalables telles que nous l' avions connues dans ces années là, il a fondé le Mouvement "Option Révolutionnaire."

En prison, nous avons reçu les premiers numéros en 1979 et on a pu comprendre l'importance de l'émergence de ce mouvement qui, comme le disait un de ses camarades, a formé des militants, ici,  en Europe ; c'est un noyau formidable de cadres qui est un trésor pour tout le mouvement révolutionnaire marocain et aussi un héritage idéologique et politique important.

D'autre part, je voulais  rappeler, puisque je  l'ai connu à Paris à la fin de l'année 1991, un souvenir personnel mais qui est important et qu'on a vécu ensemble. C'est au lendemain de la condamnation de N. Amaoui : Abdelghani était de ceux qui, à mon sens, ont vu la possibilité de réunir toutes les forces de la gauche radicale pour lutter autour des mots d'ordre qui ont conduit à la libération de N. Amaoui ; et je crois que cela a tout de suite pris corps, ici, à Paris. Mais, les dizaines de comités qui se sont constitués au Maroc l'ont été à partir de ce qui a été fait à Paris, notamment grâce à la persévérance et à la clairvoyance d'Abdelghani.

Ces comités se sont développés pour élargir la lutte pour l'amnistie générale (qui n'a pas été, certes,  générale) qui a amené un recul qualitatif du régime. Donc, je crois qu'il fallait rendre hommage à Abdelghani, qui avait pu, dans une période où nous étions encore divisés par des sectarismes de partis, comprendre la primauté de l'union des forces de la gauche radicale et la lutte vigilante pour la démocratie. Comme l'a rappelé Hayat dans cet appel qu'Abdelghani a fait en arabe : reste debout et vigilant, peuple marocain.

 

 

 

Abraham Serfaty *

 


* Abraham Serfaty, a connu la prison marocaine pendant 17 ans.
Exilé en 1991, il ne peut encore rentrer dans son pays. Abdelghani, cinq jours avant de nous quitter, écrivait dans “Droits Pluriels”, à propos du scandale du bannissement de Serfaty, sous le titre “ Quand l'arbitraire tord le cou au droit ” : “ 
ni le droit, ni les aspects politiques ne peuvent justifier un tel jugement qui en dit long sur l'indépendance de l'appareil judiciaire (...)
Nous ne pouvons ni nous leurrer ni contribuer à leurrer quiconque au sujet de la nature avérée du régime marocain... ”