Septembre 2018 : Hommage à celui pour qui « Il y a des hommes que l’on peut détruire mais qu’on ne peut mettre à genoux »

C'est ce que disait Abdelghani Bousta pour qui « celui qui lutte peut perdre, celui qui renonce à lutter a déjà perdu ».

Entre périodes de clandestinité et d'exil, Abdelghani s'est approprié cette nécessité d'un combat pour l'égalité, la liberté, la justice, fondements de la démocratie.

La période de clandestinité après les évènements de mars 1973  lui a aussi permis de mieux cerner les priorités de ce combat et contribuer à l'évaluation de ces évènements comme l'atteste une réunion organisée en Algérie en mars 1974 dont il en a fait le compte-rendu.

De cette période de clandestinité, il passe à une longue période d'exil à Paris jusqu'en octobre 1994.

A son retour de clandestinité à la fin de 1974, suite au changement de nom de l'UNFP et au congrès de l'USFP en janvier 1975, certains militants manifestent leur désaccord dans un communiqué du 1er mai 1975 considérant que ce changement de nom est un abandon progressif de l'orientation de l'UNFP.
Ils décident alors de publier Option Révolutionnaire dont le premier numéro date de décembre 1975 et dans lequel Abdelghani publie un certain nombre d'articles en langue arabe dont nous avons les manuscrits. 

Il se consacre alors au projet d'orientation d'Option ainsi qu'à plusieurs contributions et rapports moraux, comme l'attestent ses manuscrits .

En 1975-1976, est publiée la première brochure d'Option sur l'autocritique de l'UNFP, brochure dont nous avons le manuscrit de Abdelghani en langue arabe. Il  s'agissait de dénoncer le réformisme comme l'aventurisme.

Il fait par la suite plusieurs interventions à Athènes, à Barcelone, à Bruxelles, Rotterdam... sur différentes questions telles que  la notion de démocratie (extrait audio ci-dessous) :

Colloque à Bruxelle - Partie 1 :
Colloque à Bruxelle - Partie 2 :

 

et celle sur la notion du "national" selon le régime marocain (extrait audio ci - dessous)

permettant d'approcher la question du Sahara Occidental (extrait audio ci-dessous) :

 Parallèllement, il s'engage dans « 3 continents » avec des amis algériens, syriens et palestiniens qui publient le 1er février 1978 un numéro avec un dossier sur le Moyen Orient.

Il devient ensuite directeur de publication du Centre Averroes qui publiera plusieurs revues de presse. Abdelghani y veille à la traduction du livre de Waterbury " le commandeur des croyants" et de Rémi Leveau " le fellah marocain, défenseur du trône".

Alors que tous les militants approuvent la critique des choix réformistes et aventuristes, la persistance de Mohamed Basri dans ce choix pousse Option Révolutionnaire à se séparer  en 1982 de ce grand résistant. Abdelghani en explique les tenants et les aboutissants lors du Congrés Régional de ce Mouvement. (extrait audio ci-dessous :). 

 

Il écrit par la suite en 1983  un article sur le réformisme et l'aventurisme et un autre sur l'opportunisme. En 1996, dans le journal de Annahj, il publie  un article en réponse à une interview de Mohamed Basri .

Son dernier article dans la Revue Option Révolutionnaire daté de 1984 aborde la question des éléments d'un Parti révolutionnaire.

Une fois que les militants de l'Union Socialiste des Forces populaires (USFP) rompent avec le réformisme, en créant l'USFP-CAN , plusieurs militants d'Option décident  de les rejoindre et créent la revue "Al Watane" en 1986. Abdelghani a été, parmi d'autres, un élément important dans cette prise de décision. Il fait alors plusieurs interventions au nom de l'USFP-CAN en langue arabe  sur l'opportunisme,   sur la présence américaine au Maroc ...

Lors du Congrès du Parti d'Avant-garde Démocratique et Socialiste (PADS) en décembre 1993, il intervient, de Paris, au nom des exilés (extrait audi ci-dessous) : 

 

Il publie ensuite les choix fondamentaux du PADS dont il était le représentant des relations internationales, invité dans les congrès du PCF, Pc du Portugal, ... permettant à l'USFP CAN puis au PADS d'accéder à des stands de la fête de l'Humanité ou la fête du Parti communiste au Portugal. Il fait par la suite une évaluation sur le sens à donner aux relations internationales.

Au centre de ses préoccupations était la nécessité du rassemblement populaire et démocratique face à l'autocratie des uns et à l'opportunisme et le faux semblant des autres.
Cette question revenait souvent dans ses réflexions, comme l'attestent ses écrits  ainsi que son interview au journal Elyassar Addimocrati.
Ce ressemblement tenait compte d'une stratégie pour imposer l'Etat de droit, pour  « Rompre le cercle vicieux: crise politique-crise économique par des réformes démocratiques profondes permettant au pays de saisir sa chance et d'ouvrir la voie du développement et du progrès. »

Ce souci de rassembler date de 1975. Au nom d'Option Révolutionnaire, il entame plusieurs rencontres avec les autres formations politiques : le Mouvement "23 Mars" qui deviendra OADP puis PSU, Illa Alamam , Arrarbita qui rejoindra le PADS  ainsi que d'autres démocrates qui n'étaient adhérents dans aucun parti. Il entretenait aussi avec Abraham Serfaty,depuis son arrivée à Paris, différents entretiens et rencontres. Il écrira un article sur son bannissement dans Droits Pluriels:" Quand l'arbitraire tord le cou au Droit".

Depuis son retour au Maroc, en octobre 1994, après de 22 ans d'exil, pour Abdelghani, progressivement l'aspect idéologique et théorique prendra le pas sur l'organisationnel. C'était alors le qui sommes-nous ?

Et, pour lui, l'humain devait être au centre de tous nos choix politiques. Le rassemblement populaire et démocratique doit installer l'humain devant le politique…

Il approfondit alors les fondements démocratiques  et insiste sur la démocratie interne des partis mais aussi sur la nécessité d'un travail que chaque militant devrait faire sur lui-même pour acquérir un comportement de démocrate. Il n'y avait pas, pour lui, de démocratie, sans démocrate.

Lors de l'interview accordé à Elyassar Addimocrati en 1996, il affirme (traduit de l'arabe) : « Certes, notre société est dominée par un esprit de soumission et un caractère féodal. Cependant, il est inadmissible pour un militant démocrate au nom de cette réalité ou spécificité de se comporter de cette manière avec sa famille, son entourage et la société en général. Si notre ambition est d'instaurer la démocratie pour notre peuple,  nous devons l'appliquer à nous-mêmes. Le plus grand combat que nous devons mener est un combat sur nous-mêmes.» 

Il publie un certain nombre d'articles en langue arabe dans les journaux du PADS:  Al Massar en signant Omar Elfatmi, "la relation entre le Parti et le Mouvement de masse" , et dans ATTarik, en signant Abdelghani Bousta Sraïri : la situation internationale , le socialisme scientifique, sur Lénine et la révolution d'Octobre , ses projets d'orientation idéologique …

Il écrit aussi plusieurs articles en langue française sur les questions  de démocratie et celles relatives aux éléctions marocaines et le caractère du pouvoir marocain, dans les bulletins "La lettre du Maroc", oragane de l'USFP-CAN puis du PADS : "Le parlement marocain à paramètres variables"; "Nouveau Gouvernement (1993)"...

ainsi que dans "Droits pluriels", organe du Comité Marocain pour la Coopération et les Droits Humains (CMCDH) dont il était président: " LA démocratie MUTILEE" ; "MERCI MarocHebdo" sur la nature du régime marocain; "La femme marocaine et l'inégalité devant la loi; "Domaine réservée et constitution".

Suite à l'amnestie générale de 1994 et après son retour d'exil en octobre 1994, il écrira des articles sur cette question: "Amnestie générale tronquée-Parole reniée" et fera différentes interventions : "le concept de grâce et d'amnestie générale"

En tant que président du CMCDH, il fera différentes interventions à Strasbourg. En 1990, au Conseil de l'Europe, il déclarait sur la question des droits humains : « La dynamique des droits de l'Homme nous impose (donc) non seulement de défendre leur application tels qu'ils sont définis dans les déclarations internationales mais d'oeuvrer constamment à leur évolution et leur promotion ».  ainsi que des interviews écrits au périodique "Nouvelles d'Alsace"  sur la transition démocratique bloquée  et oraux (extrait audio ci-dessous) :

 

Abdelghani est suvent intervenu dans les colloques sur l'enlèvement et l'assassinat de Mehdi Ben Barka. En 1996, il intervient sur "la démocratie dans la pensée de Ben Barka"  et, au moment où Hassan II était invité à l'Assemblée Nationale en France, il fera une intervention en hommage à Mehdi Ben Barka . En 1998, à la nomination comme premier ministre de  Abderrahmann El Youssoufi, ancien compagnon de Mehdi Ben Barka il écrit "Ben Barka- Elyoussoufi et l'alternance". Il  contribue aussi avec la famille du martyr au rassemblement des écrits et interventions qui paraissent en septembre 1999.

En dehors de ses activités politiques, Abdelghani écrivait des poèmes lyriques en arabe dont il traduit l'un d'entre eux en français: " Il s'en va". 
Il a commencé à rédiger un essai resté inachevé sur le pouvoir de Hassan II «  Crépuscule d'un despote» , ainsi que le plan d'un livre sur l'expérience du Mvt progressiste qu'il avait projeté de publier en 2000…

En janvier 1998, il s'attache à créer ce site « Maroc Réalités".

Son dernier article, peu de journées avant sa disparition, était consacré au « 8 mois du gouvernement ElYoussoufi ». Un article en français concernant la position de celui qui, pourtant, épousait les thèses anti-réformistes mais décidera de rejoindre le gouvernement en tant que premier ministre.
Abdelghani avait une position critique mais terminera son article par "On jugera sur pièces" après avoir listé plusieurs interrogations:

« S'agit-il d'un marché de dupes ? Dans ce cas, les illusions ne tarderont pas à s'évaporer. Le pouvoir absolu réapparaîtra sous son vrai jour, derrière les façades factices »

« S'agit-il alors de calculs politiques d'un autre ordre et de spéculation sur l'hypothétique succession? Dans cette hypothèse fallait-il à tout prix être dedans plutôt qu'en dehors du pouvoir?

« …Ou bien s'agit-il de se positionner en tant qu'alternative au pis allé, mais meilleure que celle des islamistes en se positionnant, comme l'ultime "rempart" contre l'intégrisme ? … L'intégrisme a son terreau qui se nourrit des problèmes sociaux et économiques inextricables… »

«  Dans tous les cas, s'agissant de succession ou de danger intégriste, la spéculation n'a jamais fait une politique. Encore moins une stratégie. »

Pour Abdelghani, toute tactique politique ne peut se faire que dans le cadre d'une stratégie claire et transparente en faveur du peuple. 

Abdelghani nous a quittés le 21 septembre 1998. On pouvait ne pas partager ses opinions mais la majorité de ceux qui l'ont connu, côtoyé, s'accordent pour rendre hommage à sa tolérance, son esprit de solidarité, son humilité et son amabilité, comme on le lit dans les différents hommages rendus après son décès.

Sadek Hadjeres, un de ses amis Algériens, militant anti-colonial qui fut membre du Parti Communite Algérien puis responsable du Parti d'Avant-Garde Socialiste lui avait demandé en 1995 d'écrire un article « Intégrisme et démocratie au Maroc » pour la revue Hérodote cité plus haut. Depuis, ils se sont rencontrés à d'autres reprises. Il lui rendait hommage par ces mots :

"Connaissant la gravité de son mal, il y faisait face en réconfortant ses interlocuteurs et sa famille (qui le lui rendait admirablement), pas seulement par ses paroles et son humeur égales mais par sa ténacité tranquille à poursuivre ses activités, à échafauder des prévisions alors que chaque effort lui coûtait. Il était si convaincant que le médecin que je suis se prenait sans illusion à espérer un miracle.

Abdelghani a pourtant réalisé chez ceux qui l'ont approché mieux qu'un miracle. Il a renforcé notre confiance en les êtres humains et leurs capacités. Il nous incite à explorer encore plus les voies d'une rénovation et d'une revalorisation du politique et du rôle des partis, à une époque où ces derniers ont été érodés par les dégâts de la mondialisation capitaliste relayées par les pratiques hégémonistes ou opportunistes. A propos de nos bonnes intentions, Abdelghani aurait dit : nous serons jugés sur nos actes "